|
[…] On a beau dire qu’on meurt de plus en plus vieux, on a l’impression que c’est de plus en plus tôt qu’il faut réussir. […] […] Cela crée dans la jeunesse, dans le monde artistique, des impatiences, or je crois que s’il y a quelque chose que l’art ne supporte pas, c’est bien l’impatience. La condition sine qua non pour qu’il y ait de l’art, c’est qu’il y ait du temps. Il faut freiner. Un temps d’arrêt, une langueur, c’est un gain ; l’impatience mène à la catastrophe. On peut calculer vite, on ne peut pas penser vite. Il n’y a, là, pas de progrès possible. La pensée, il n’y rien à faire, est un processus de freinage. […] […] Les forces de résistance, de retrait, de ralentissement sont aujourd’hui de plus en plus menacées : la société produit, fonctionne, consomme, vit et meurt dans l’absence totale de pensée. […]
Marie-José Mondzain, philosophe et directeur de recherches au CNRS
|