En ces temps où nous n'avons plus le temps de prendre le temps, c'est la nécessité de créer un lieu-espace d'exploration et de création axées sur la préoccupation du sens de l'être et du monde dont il participe - qui conduit Anne Lefèvre (directrice de la compagnie) à acheter en 1999, un hangar oublié en plein cœur du quartier Saint-Cyprien.
4 ans de travaux, de solidarité entre professionnels du bâtiment et bénévoles ardents et, en 2003, le Théâtre Le Vent des Signes inaugure son espace avec 2 créations Il suffit de peu de Martine Drai et KRISIS, création danse contemporaine/théâtre.
Un lieu porté par le frémissement de la langue, des langues : celles de la musique, du verbe, du corps…
Toutes langues incarnées s’adressant à l’être incarné, l’être-là en son singulier et son champ de conscience. En son seuil de conscience de son lien à lui et à l’autre, de sa participation à l’élaboration du monde.
Le sol sur lequel s'appuie notre chemin : le constat du désenchantement qui submerge les hommes et les inscrits dans une sorte de renoncement. On est en pleine obscénité : on montre et surmontre à tout rompre. On repousse sans cesse les limites de l'intime et du privé. On s'agite et s'évertue à se particulariser sans que la question véritable du singulier ne soit jamais réellement posée.
En ces temps où l'ordre économique est premier, en ces temps où le quantitatif prime sur le qualitatif… proposer un espace où respirer, être bousculés, s'interroger, souffler… un lieu où questionner nos cheminements à travers le geste artistique, dans l’ici et le maintenant de notre inscription dans la polis. - De quel monde les actes, gestes et sons que nous posons en tant qu'artistes citoyens et spectateurs citoyens participent-ils ? - En quoi constituent-ils l'amplification à la vie de l'individu singulier ou non ? - L'abandon de la pensée politique par le monde de l'art est une catastrophe ou non ?
Si le fond du questionnement est grave car vital, son traitement artistique - loin d'être hermétique - est énergique, décalé, grinçant, drôle. Humour politesse du désespoir. Humour pour survivre et rebondir. Il y a d'autres façons de voir et de penser le monde. Jean-Pierre Siméon
Le vent des signes : un lieu de recherche et de créations interdisciplinaires, un lieu où " creuser " la pensée et la pratique artistique du théâtre dans la préoccupation d'adresse à l'homme d'aujourd'hui.
Qu'est-ce qu'un théâtre qui n'éclaire pas l'ombre qui nous talonne ?
Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres. Il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il ne lui reste plus de patrie.
Au-dessus de ceux-là, s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril, mais il ne cherche, au contraire, qu'à le fixer irrévocablement dans l'enfance. Il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur mais il veut être l'unique agent et le seul arbitre. Il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leur succession, divise leur héritage. Que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? Alexis de Tocqueville (1805 -1859)
En tant qu'auteur de pièces de théâtre, je considèrerais avoir rempli parfaitement mon devoir si je réussissais dans une pièce à poser une question de manière qu'à partir de là les spectateurs ne puissent plus vivre sans une réponse, sans leur réponse, leur propre réponse qu'ils ne peuvent donner que par leur vie même.
Max Frisch (1911-1991)
L'abandon de la pensée politique par le monde de l'art est une catastrophe. Bernard Stiegler
La presse en parle ...
anne_lefevre_avignon_ladepeche_juillet06.pdf
flash_toulousescenes_janvier06.pdf
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