Le féminin, l’art, la folie et le souffle du vivant Exemplaire Exemplaire
Au Vent des Signes, nous aimons les écrivains qui habitent le monde avec une attention sans cesse renouvelée. Eric Sarner est de ceux-là.
Il y a dans son œuvre une exigence qui ne transige jamais : celle de rester, coûte que coûte, à l’écoute de ce qui bat, de ce qui tremble, de ce qui fait signe.
Durant ce mois de résidence, Eric Sarner s’apprête à traverser une frontière intime. Pour la première fois dans sa vie d’écrivain, il a choisi d’écrire au féminin, comme pour décentrer encore son regard d’homme et explorer un autre souffle, une autre syntaxe du monde.
Ce qu’il dit :
Il est des destins – ou plus simplement des parcours – qui impressionnent et forcent le respect. Un maître-artisan dans un village perdu de la Creuse, un obscur passionné de botanique en Provence, une petite chanteuse de bal dans un bourg du nord de la France peuvent susciter l’admiration. C’est là un sentiment précieux qui m’a, à plusieurs reprises dans mon travail d’écrivain, porté à entreprendre ce que j’ai appelé des biographies poétiques. Une biographie poétique telle que je l’entends ne vise pas l’exhaustivité mais s’efforce de rendre compte d’une personnalité et d’un contexte en même temps que de leur complexité.
Dans le cas du projet qui m’occupe il s’agira de suivre le trajet d’une fabuleuse interprète d’opéra, qui, issue du prolétariat viennois, deviendra une vedette internationale : Lotte Lenya (1898-1981). Son trajet unique croise ceux de deux autres créateurs dont la marque sur l’histoire culturelle du 20ème siècle est particulièrement importante : le musicien Kurt Weill (1900-1950) et le poète et dramaturge Bertolt Brecht (1898-1956).
C’est cette histoire croisée que j’ai (depuis longtemps) le désir de conter : elle contient bien sûr des moments de vie et de création de forte intensité : les personnalités complexes des protagonistes et les événements historiques qu’ils ont traversés expliquant cela.
Ce qu’Éric Sarner dit encore :
Auteur de nombreux recueils dont j’ai défini certains comme des « biographies poétiques » (un boxeur, Ray Sugar Robinson ; un chanteur, Franck Sinatra ; un musicien de jazz, Chet Baker), je me suis récemment intéressé à la personnalité très particulière, traumatisée et maladive de Lucia Joyce (1907-1982), fille du romancier et poète James Joyce (1882-1941). La débordante imagination de Joyce et nombre d’aspects de sa personnalité expliquent en partie le déséquilibre mental de sa fille Lucia qui passa des décennies en hôpital psychiatrique.
Mon projet d’écriture relèvera davantage du roman ou du récit poétique que de la biographie. J’envisage un récit qui rende compte de son trajet à l’intérieur et à l’extérieur de l’étrange famille Joyce et au milieu des personnes que les uns et les autres ont croisé (Samuel Beckett, le sculpteur Calder ou le psychanalyste Carl Jung, par exemple). Il s’agira de prose poétique, mais je n’exclue surtout pas d’autres formes, pour parvenir à un genre littéraire qui n’est pas si courant où le subjectif et l’objectif, le documentaire et le « senti » coexistent au mieux.
« Élégie pour Lucia Joyce » (titre encore provisoire) contera, dans la chronologie ou non, les vies de Lucia Joyce d’une manière qui privilégiera la poésie et l’oralité.
Eric Sarner arrive avec deux désirs d’écriture, deux projets au même moment donnant la parole à deux femmes. Deux chantiers en miroir qu’il choisira, au gré de la nécessité, de mener de front ou non. Il viendra ici mettre en chantier cette exploration inédite : éprouver cette nouvelle langue qu’il cherche à habiter et poursuivre, parmi nous, cette quête infatigable de dire le vivant dans sa complexité.
Éric Sarner, écrivain, poète, cinéaste, artiste plasticien, journaliste, documentariste, passionné de jazz et de grands espaces, il promène ses mots aux quatre coins du monde
Éric Sarner est écrivain, poète, cinéaste, journaliste, passionné de grands espaces. Il a reçu une formation en philosophie, notamment auprès d’Henri Meschonnic et en langue anglaise, en France et à Londres. Ayant habité Marseille un temps, puis Montevideo, Berlin et aujourd’hui Sète, il semble toujours toujours prêt à partir.
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