Dévisager Aimer
à paraître chez Gros Textes / La Dipso, courant Juin 2026
Il est des confidences qui rendent dignes à la fois qui les fait et qui les reçoit.
Ce texte poétique protéiforme festif crie l’envie de langues et de langages pour lancer des ponts et des pistes par-delà ce qui sépare et fait nuit. Chérir l’à-jamais mystère de l’autre, accueillir la palpitation des regards, l’inquiétude et l’exaltation de l’inconnu, les grâces de l’inédit.
Pourquoi je descends toujours très vite les escaliers comme s’il y avait quelque chose en bas que je désire ?
—
Elle marche.
Elle marche cœur, mains, regard, écarquillés, tendus vers le mystère.
Elle marche vers. Elle ne sait pas qui. Juste un nom, l’heure et le lieu du rendez-vous.
Elle marche vers.
Une heure durant, en face à face, étreindre, démêler l’inconnu·e de l’heure et du lieu.
Et écrire.
Au long des ans, il m’a semblé voir les gens disparaître dans l’inattention collective, s’épuiser dans le narcissisme piégeux et malheureux de la débandade d’images de soi comme lancées désespérément en autant de bouteilles à la mer, stp, dis-moi que j’existe, dis-moi que j’ai de la valeur. Je me suis demandé quelle œuvre imaginer pour redonner à la présence de l’autre sa force d’événement. J’ai demandé à des écrivains que j’aime intensément – Valérian Guillaume, Milène Tournier, Charles Robinson – d’aller à la rencontre de ces personnes de tous horizons, les regarder et les écouter ardemment, in fine écrire leurs beautés particulières, leurs grâces inouïes.
Dévisager Aimer de Milène Tournier déplie une œuvre joyeuse, alerte, ancrée dans cette rencontre attentive à l’autre. Les cœurs à fleur de peau, les deuils et les amours, le vent et les lumières, les lampées d’amitié, les rires au creux des vagues, hurler, chanter, danser, se reconnecter à nos parts vives, dénicher d’inespérés interstices, féconder nos relations de promesses d’aubes. De la langue-vie qui desserre nos regards, chérit l’à jamais mystère de l’autre.
Elle marche.
Elle me met en marche.
Anne Lefèvre, directrice Le Vent des Signes
Texte Milène Tournier
avec et sur une idée d’Anne Lefèvre
Design graphique Loran Chourrau
Tous ces textes ont été écrits par Milène Tournier en résidence d’écriture dans le cadre du projet Territoires d’Outre-Vie imaginé et porté par Anne Lefèvre, directrice de la scène Le Vent des Signes (Toulouse).
Production Le Vent des Signes avec le soutien de DRAC Occitanie, Mairie de Toulouse, Conseil départemental de la Haute-Garonne, Région Occitanie, Montpellier Méditerranée Métropole, La Chartreuse-Centre national des écritures du spectacle.
Milène Tournier est née en 1988. Elle est docteure en Études théâtrales de l’université Sorbonne Nouvelle et écrit des œuvres de théâtre et de poésie. Sa thèse « Figures de l’impudeur, dire, écrire, jouer l’intime » s’intéresse à des artistes comme l’humoriste suisse Zouc, la rappeuse Diam’s, l’artiste de théâtre Angélica Liddell, l’auteure Emma Santos, Hervé Guibert, Guillaume Dustan…
Ses travaux s’ancrent dans un arpentage foisonnant du réel et de l’intime, à partir de matériaux visuels, sonores, textuels très contemporains.
Loran Chourrau

